10.04.2007

Faut-il raser l'assemblée nationale ?

Variations sur le thème de la crise de la représentation

medium_Jan06_65.JPGUn sondage récent, et occulté, révélait que plus de 60 pc des Français estiment que l’Assemblée ne les représente. C’est pourtant la fonction et la raison d’être de cette vénérable institution.

         Quels remèdes pourraient proposer les royalistes ?
Il est évident qu’un peuple ne peut jamais être exactement représenté,  que le législateur-député devra faire comme s’il l’était. Mais lorsque l’écart se creuse jusqu’à atteindre une telle insatisfaction, la fiction devient de moins en moins admissible, car c’est quand même « au nom du Peuple français » que le législateur légifère, que le gendarme verbalise et que le peuple obtempère.
    Doit- on se satisfaire du système actuel de représentation au motif que l’on ne peut mieux faire ou changer radicalement les principes sur lesquels elle repose et la manière dont elle est mise en œuvre ?

Jean-Jacques aurait suggéré d’écarter le principe même de représentation nationale ; il s’était fait le détracteur du système parlementaire britannique, emblème du régime représentatif : « Le peuple anglais pense être libre ; il se trompe fort » (Du Contrat social, livre VII, chap. XV). C’était un thuriféraire –isolé- de la démocratie directe. Il fut bien le seul (« La discorde y régnerait comme dans un couvent de moines »  ironise Voltaire, Pierre Bayle au sujet d’Athènes : « Ce peuple, qui se piquait tant de liberté, était, dans le fond, l’esclave d’un petit nombre de cabaliste –nous reviendrons »). Aux polonais venus lui réclamer une constitution, Rousseau leur donna d’ailleurs le conseil de choisir un roi héréditaire…

La conception actuelle de la représentation et la façon dont elle est appliquée découlent  sur une acception très particulière de la nation : la « Nation » est une entité abstraite, désincarnée (la république a horreur de l’incarnation), métaphysique ,  qui va bien au-delà des individus et des groupes qui la composent. C’est une entité globale à qui appartient en totalité la souveraineté.

 Par conséquent, et la doctrine républicaine ne transige pas là-dessus, lorsque le citoyen vote, il ne le fait pas en tant qu’agriculteur, chômeur ou ouvrier spécialisé, habitant telle circonscription de l’Oise ou de la Charente. Il vote « au nom de la Nation, » mais non pas en son propre nom.
 Ce n’est donc pas ce citoyen particulier et ses intérêts propres que le député représente : par une alchimie douteuse, il n’est plus le député de la circonscription qui l’a élu, il est le député de la « Nation. » Il est probable que derrière cette fiction se cache une usurpation (tant pis pour Mme Martin qui croyait et croit toujours que M. Dupond, « un type très bien, » est « son » député et qu’il est là pour la représenter.)

 Tout le monde n’est pas perdant. La fièvre mystique des jacobins ne règne plus sur l’hémicycle, le temps où le législateur lisait son Plutarque est révolu : Lycurgue, Solon et Brutus lui-même, ne sont plus invités à la tribune. L’on n’a conservé de ce temps là que les idoles, les mots et les formules. Ce clergé est agnostique et il est peu probable qu’il soit tout à fait désintéressé. C’est peut-être à dessein que l’on conserve ce mot de « Nation, » il fait partie du paravent d’un système oligarchique dans lequel des minorités organisées et des groupes de pression confisquent le pouvoir à leur seul profit en s’abritant derrière le mythe.

 Il apparaît donc que toute réforme de l’Assemblée Nationale passe nécessairement par une redéfinition du mot « nation. » Cela ne peut se faire qu’en dehors du cadre républicain dont la « Nation » est un élément constitutif : La République avant d’être une forme de gouvernement est une idéologie, et cela, on ne le changera pas. De Gaulle s’y est essayé mais il a échoué en 69. Son vœu était de réformer le Sénat pour qu’il représentât les « forces vives » de la nation ; il voulait tempérer l’idéologie grâce à l’introduction du principe de réalité. Bref : une révolution copernicienne.
 Il existe deux types de représentations : c’est ce que montrent les velléités gaulliennes. Carl Schmitt emploie ainsi des termes distincts, ce que ne permet par la langue française : « repreäsentieren, » verbe d’origine latine qu’il réserve à la représentation d’une unité politique, le verbe « vertreten » étant réservé à la représentation des intérêts privés ou aux intérêts d’ordres au sein de l’unité politique.

 Une réforme du parlement selon la représentation « vertretung » permettrait une représentation sincère et la fin d’une représentation idéologique et partisane dans laquelle les Français ne se reconnaissent plus.

 Au sujet de cette représentation « vertretung, » Schmitt fait la remarque suivante qui devrait, par ailleurs, attirer l’attention des royalistes : « les hommes d’Etat de la Restauration monarchique [en Allemagne au XIXème siècle] ont essayé de substituer à la représentation – « repräsententation »- du peuple des représentations –« vertretungen »- des intérêts des ordres […] Lorsqu’un corps constitué fait face au roi à titre de représentant du peuple entier, le principe monarchie est ébranlé : ce principe repose sur l’idée que le roi seul représente (« repreäsentieren ») exclusivement l’unité politique du peuple. » (in « Théories de la constitution, » PUF).

Archambaud de Faye

05.02.2007

Raymond Aron et le principe royal

"Il n'y a aucun homme ou aucun parti pour lequel  ou dans le quel l'interêt national se confonde avec  l'interêt du privé, car il n' a que dans une famille royale qu'il peut y avoir coïncidence avec l'interêt privé et l'interêt national"

Raymond Aron.

02.02.2007

"Le peuple français est un composé"

« Le peuple Français est un composé » disait Jaques Bainville. Cela parait une bonne citation pour commenter les récentes déclarations de Marine Le Pen sur le régionalisme et le bilinguisme qu’elle présentait comme un « danger. » Danger vis-à-vis de la France, de la nation française, de l’unité nationale. On ne saurait dénier aux cadres du Front National le souci qu’ils ont de l’unité nationale et le combat que ce parti a mené pendant plus de 30 ans, y compris à une époque où tous les esprits avaient les yeux rivés sur Washington, Bruxelles ou Moscou, en faveur des valeurs tant honnies par le gratin boboïste de l’époque (et encore d’aujourd’hui…) Cela dit, de la part d’une « nationaliste, » on pouvait s’attendre à mieux que ce fourvoiement doctrinal.

Les propos de Marine Le Pen ont suscité une forte polémique, peut-être un peu disproportionnée, en tous cas relayant l’indignation de tous les régionalistes français, et force est de reconnaître qu’ils étaient dans leur droit le plus strict. Que le lecteur garde l’auteur de ces lignes de toute sympathie séparatiste : ce blog, résolument maurrassien, observe d’un œil plus que malveillant toute prétention à disloquer le territoire français. Néanmoins, se garder d’un écueil ne doit conduire nécessairement à tomber dans un autre, tout aussi illégitime et dangereux.

Il existe chez beaucoup de « nationalistes » français une certaine crainte vis-à-vis de toute forme de régionalisme, tout imprégné qu’ils sont de cette fameuse idée selon laquelle « La France est une République indivisible, » idée inscrite à l’article 1er de notre sacro-sainte Constitution (encore sur le point d’être modifiée avec une aisance déconcertante par nos parlementaires.) Cette crainte n’est pas critiquable en soit (par un nationaliste tout du moins), mais force est de constater que l’hostilité au régionalisme résulte d’une mésinterprétation de ce qu’est la nation et de qu’est le nationalisme.

Le centralisme français, dans sa conception idéologique qui ne se confond pas avec une simple « centralisation » des institutions étatiques et régaliennes sous la monarchie française, est né véritablement avec le jacobinisme sous la Révolution française. Aujourd’hui encore, le terme « jacobin » peut être soit synonyme « d’anticlérical, » soit de centralisateur. Ce centralisme idéologique tire, entre autre, ses fondements dans les théories rousseauistes de souveraineté populaire. Le jacobinisme tend à voir les membres d’une nation comme des individus égaux, identiques, interchangeables, et « éclairés » (débarrassés des « superstitions »), il cherche donc à gommer toutes différences culturelles, raciales, religieuses et linguistiques au sein de la « Nation » (avec le « N » majuscule.) Cette idéologie de la Nation niveleuse inspira la création des funestes départements, zones géographiques déracinés, aculturelles et ahistoriques ; elle fut le combustible de toutes les politiques menées, notamment sous la troisième République, contre les langues régionales mais aussi contre les religions et, surtout, la religion catholique, honnie par les républicains tout imprégnés de la haine toute voltairienne pour l’Eglise.

Dès lors, l’on peut s’étonner de voir certains nationalistes se fourvoyer dans la doctrine jacobine. Car le jacobinisme a toujours été porté par ceux qui haïssent le passé de la France et son Histoire. Il a été, est et sera l’apanage de ceux qui ne perçoivent pas l’Homme comme héritier d’une Histoire, d’une culture et d’une tradition mais comme un individu anonyme dans une masse déracinée d’autres individus identiques. En ce sens, il est une étape vers le passage à une société mondialisée, cosmopolite, déracinée et aculturée, où l’Homme n’a plus de patrie mais n’est qu’un « citoyen du monde » (sic), autant chez lui à Paris qu’à New York, Moscou ou Bombay. La Nation destructrice des provinces historiques n’est rien de plus qu’une étape vers « l’Uni-monde » (pour reprendre un terme forgé par Maurice G. Dantec), un monde sans patrie ni nation ni culture, où l’individu est replié sur lui-même puisque, déraciné d’une communauté de semblables, il n’a d’autre point d’appui que lui-même ou, à la rigueur, une « fausse communauté » reposant sur un critère vaguement ethnique ou religieux, dans un monde sans frontière mais devenu trop vaste, au sein d’une humanité unie mais éclatée.

La Nation jacobine n’est rien d’autre, à l’échelle d’un pays, que cet « Uni-monde » : elle n’est que l’association d’individus qui n’ont guère en commun que l’appartenance à un même système institutionnel : la République, par essence chose anonyme, froide et monstrueuse. C’est le seul lien de la Nation, subordonnée à un système, vide de substance mais affreusement riche de signification : la République est l’incarnation de l’idéologie révolutionnaire, elle est l’enfant des jacobins, le catalyseur de leurs « valeurs. » Le fait d’être « Français » pour un jacobin n’est que le fait d’adhérer à un système, à une idéologie, idéologie incarnée par la République et ses « valeurs. » Aussi, nul besoin d’être surpris lorsque les Vendéens royalistes sont génocidés en 1793 par la Convention. Nul besoin d’être surpris lorsque, deux siècles plus tard, au nom des « valeurs républicaines, » l’on déclare « Français » des étrangers qui ne partagent en rien les coutumes, les croyances ou l’Histoire de la France et de la nation française. Car, pour le Jacobin, le Français n’est qu’un consommateur disposant d’une carte d’électeur… et, si possible, votant pour les « bons » partis.

Contre l’idéologie jacobine, le nationalisme français traditionnel a toujours été un rempart et fut le fer de lance du fédéralisme contre le centralisme (n’en déplaise aux romantiques du fascisme ou aux idéologues meurtriers du nazisme.)

Contre l’idée de nation simple « association » d’individus, Jean Madiran, reprenant le flambeau des nationalistes français, a pu écrire dans les colonnes de Présent (numéro du 3 septembre 1999), « la nation est une société et non pas une association ; une société naturelle et non pas la libre institution résultant d’un contrat. Le fait de naître français est antérieur à tout acte volontaire de l’enfant français. » La France des nationalistes n’est pas une France idéologique fantasmée par des doctrinaires. Ainsi Charles Maurras pouvait écrire : « Notre patriotisme n’est pas un patriotisme idéologique : nous ne le subordonnons ni à la  République, ni à la Monarchie, ni à la démocratie, ni à la dictature, ni au socialisme, ni à l’antisémitisme, ni à aucun système politique ou social. Ce n’est pas à une certaine idée de la France que nous sommes attachés, idée que l’on puisse facilement exporter à l’étranger, c’est à la France réelle, à son sol, à ses enfants, à ses beautés, à ses mœurs, à sa langue, à son Histoire, à ses Lettres, à toutes ses richesses morales et matérielles. »

Dès lors, et puisque nous sommes nationalistes, c’est à la France dans ses réalités que nous nous attachons. Or la France, ce n’est pas cette « République indivisible » d’individus égaux et identiques proclamée par les jacobins, la France est un composé de régions patiemment unifiées autour de la royauté française par le travail de longue haleine de tous les rois qui se sont succédés. La France n’existe que parce qu’existent la Bretagne, le Pays Basque, l’Occitanie, la Provence, la Corse, l’Alsace, la Normandie, etc. (que ceux que j’oublie me pardonnent !) Ce sont ces régions dans leur diversité, avec leurs peuples, leurs coutumes, leurs histoires qui, associées autour de la construction opérée par la monarchie, font l’Histoire de France et leurs langues, qui ne sont en rien de vulgaires « patois » et pour lesquelles, si l’auteur de ces lignes emploie le terme « langue régionale, » ce sera avec le respect d’un fédéraliste profondément attaché à la  Provence et aux chants des cigales et non avec le mépris tout jacobin d’un BHL envers tout ce qui serait trop « franchouillard » à son goût.

C’est pour cela que oui, il est juste d’être favorable au double affichage pour les panneaux signalétiques, effectivement la langue régionale doit être enseignée sur sa terre historique (mais ceci en s’assurant qu’elle ne soit enseignée qu’en ses lieux historiques : à titre d’exemple, certaines parties de la Bretagne n’ont jamais parlé Breton et certaines velléités à y imposer la langue bretonne sont tout autant illégitimes que celles visant à combattre le régionalisme.) Pour terminer, oui les prétentions décentralisatrices sont légitimes car, et l’Histoire le montre, même nos rois qui ont fait la France ne se sont jamais montrés hostiles au principe de subsidiarité, essence d’une politique pragmatique et naturelle : l’Etat français ne doit intervenir que là où il a légitimité à le faire (fonctions régaliennes –justice, armée, police, diplomatie-, grandes orientations économiques…) et déléguer le reste aux corps intermédiaires, parmi lesquels on compte les régions, ces corps intermédiaires étant, par nature, les mieux placés pour agir dans la quotidien des personnes.

Il ne faut donc pas se montrer hostiles vis-à-vis des régionalistes voire même des séparatistes : ils ne font que défendre ce que la République leur a illégitimement volé : leur identité. Certes, un nationaliste français ne peut pas apprécier les velléités séparatistes (l’auteur de ces lignes, nationaliste français et régionaliste provençal, ne voit que d’un mauvais œil ces « ethno-nationalistes ».) Mais, si nous sommes en désaccord profond avec les finalités de ces mouvements, nous ne pouvons que reconnaître une chose : leur colère contre le système est légitime, aussi légitime que la colère d’un jeune immigré, présent sur le sol français mais pas Français lui-même, qui comprend, plus ou moins, que ce système s’est joué de lui. Et si ces séparatistes ont cette constance désolante, à confondre la France des régions avec la République broyeuse, c’est aussi parce que les jacobins ont réussi ce tour de force, comme l’explique Jean de Viguerie, à associer irréductiblement, dans l’esprit de nombre de nos compatriotes, la République avec la France alors que les deux sont, par essence, histoire et définition totalement opposées l’une à l’autre. Ce n’est pas contre les séparatistes eux-mêmes, dont nous ne pouvons que regretter l’objet de leur combat mais certainement pas réprouver les causes de leur engagement, qu’il convient de s’attaquer mais contre l’idéologie jacobine et l’imposture républicaine selon laquelle la France et la nation française se confondent avec la République centralisatrice.

Les propos de Marine Le Pen, dès lors, sont très malvenus car ne font que renforcer cette conception jacobine de la France pourtant aux antipodes des conceptions traditionnelles de la nation. Mais, finalement, pour nous autres, monarchistes, cela n’est guère surprenant : Lorsqu’un régime est pourri de l’intérieur, il fait entrer en décrépitude tous ceux qui le touchent. Le Front National, est victime de ce que ses détracteurs lui reprochent de ne pas avoir : son républicanisme. La solution pour les nationalistes n’est décidément pas dans la République.

Doumenge Mistral

16.11.2006

Ni droite, ni gauche : Politique !

Il arrive parfois que nous nous considérions de droite… voire même d’extrême droite. Et qui d’entre nous pourrait nier être, parfois, tombé dans la tentation de proclamer haut et fort : « oui je suis d’extrême droite. » L’extrême droite se perçoit d’avantage comme un repoussoir que comme un bord politique à proprement parler. Se dire d’extrême droite était un moyen de choquer son auditoire et prendre un grand plaisir à heurter la sensibilité de ces bobos en puissance, sarkozistes ou socialistes, se déchirant sur les histoires de prétendants à la présidence, mais toujours d’accords (à quelques nuances près) sur la politique à mener pour la France. Reconnaissons-le, affirmer, sans broncher, à un petit aseptisé de gauche caviar, droite langouste ou vert crasseux que l’on fait partie de cette ignoble clique de « fachos » est un plaisir  auquel l’on résiste rarement.

Avec le recul, néanmoins il convient de se demander si parler de « droite nationale, » s’affirmer sans complexe de « droite, » de « droite patriote » voire « d’extrême droite » ne serait pas la pire erreur dans laquelle se fourvoient les nationalistes français depuis plusieurs années.

La République a divisé les Français, pendant la Révolution, en deux camps : le camp du Progrès et le camp de la Réaction. De là naquirent la gauche et la droite. Si la gauche et la droite contemporaines ne peuvent, bien évidemment, pas être confondues avec celles de l’époque révolutionnaire, il faut constater indéniablement que l’origine factuelle de l’apparition de ces deux blocs a encore et toujours un impact sur la vie politique actuelle : Il s’agit d’une coupure, d’une scission entre deux fractions de la population française. La gauche et la droite se livrent une guerre civile larvée.

Platon définissait la politique parfaite, dans la République, comme la recherche du bien commun ; donc la politique s’inscrit dans le cadre d’une communauté pour laquelle l'Etat remplit un rôle de protecteur et d’arbitre. En ce sens, le plus grand des maux politiques est la guerre civile puisque la communauté se déchire et le bien commun devient chimère. Paradoxalement, la « politique » en République est l’institutionnalisation de ce qui est par essence anti-politique : La guerre civile franco-française.

Cette guerre civile française a, jusqu’à présent, été celle de la gauche radicale-socialiste contre la droite libérale-conservatrice. Aujourd’hui, avec l’apparition de nouvelles revendications, l’implantation de communautés allogènes sur notre territoire et le communautarisme importé des Etats-Unis, cette guerre tend à s’aggraver par l’implosion des deux blocs en de multiples factions, parfois qui traversent les courants politiques traditionnels : les lobbys gays, islamistes, écolos, financiers, féministes, syndicaux, etc… chaque camp essaie de tirer la couverture à son avantage, chacun exerce pressions et chantages à l’encontre des partis visibles sur la scène politique. La politique devient un champ de bataille où lobbys s’affrontent sous le masque de leurs hérauts, tous officiellement républicains mais très peu soucieux de la Res Publica. Ce n’est pas le bien commun qui est une priorité, c’est l’intérêt idéologique de groupes d’intérêt organisés. Aucun de ces groupes n’est soucieux de ce qui est véritablement bon pour la France et les Français, la plupart ont été formés à l’école politique républicaine des dogmatiques comme Clemenceau, Emile Combes ou Jules Ferry pour qui l’intérêt de la République (c'est à dire, à l’époque, leur parti, leur idéologie) prévalait sur la France (l’on se souviendra trop bien de ces républicains qui fêtèrent la défaite de Napoléon III en 1870, oubliant allègrement que c’est la France qui venait d’essuyer une défaite… mais qu’importe ! La République était restaurée, alors qu’importe la France ?) Pour cette école de pensée, républicaine, radicale et, plus tard, libérale et socialiste, l’intérêt de l’idéologie, du parti sera toujours supérieur à l’intérêt de la patrie.

Alors que la politique devrait être au service du bien commun, du bien de tous, c’est au service de groupes qu’elle se place aujourd’hui, de groupes qui n’ont qu’une idée : Arriver au pouvoir et en découdre avec leurs adversaires. L’alternance est un perpétuel renversement des forces de cette guerre civile ou chaque camp victorieux veut faire payer à l’autre camp, désormais appartenant aux vaincus, les années d’humiliation.

La bataille entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, particulièrement risible tant les deux candidats brillent par leur absence de programme clair et, surtout, leurs similitudes troublantes quant à leurs discours, est étonnement significative de cette hypocrisie républicaine : Soit que la République est devenue vraiment mal en point, soit qu’elle s’estime suffisamment forte pour présenter un visage aussi décrédibilisant. Les deux candidats sont tellement insipides au niveau des idées qu’il ne fait aucun doute que la bataille présidentielle ne se fait pas entre deux conceptions de la France mais bien entre deux partis, entre deux groupes d’intérêt.

Faut-il pour autant chercher un quelconque espoir chez ces nouveaux nationalistes dits « d’extrême droite » qui se revendiquent eux-mêmes de « droite nationale » ou de « vraie droite » ? La tentation est grande ; pourtant c’est bien là l’erreur dans laquelle il ne faut pas tomber.  Car ces gens là ne seront jamais que des produits de partis, parce que l’idée qu’ils se font de la France n’est guère dissociable d’eux-mêmes ou de leurs mouvements politiques. En ce sens, ils sont des purs produits de la République : Ils ne sont pas là pour mettre fin à la guerre civile, ils sont là pour la poursuivre en « partisant » des idées, pourtant, par essence contraires à l’esprit de parti.

Quelque soit la sympathie que l’on puisse avoir pour un Jean-Marie Le Pen ou un Philippe de Villiers, ceux-là resteront des républicains qui ne cherchent pas à remettre en cause les fondations du système. Ils sont là, comme tout homme de parti, à souhaiter la victoire de leur camp contre l’autre et mettre une raclée à « ces salauds de socialos ! »

C’est la raison pour laquelle, aujourd’hui, il faut récuser l’étiquette « droite » et refuser d’être associé à un quelconque parti. Non pas que nous puissions n’éprouver que de la répulsion vis-à-vis de tel ou tel mouvement politique, mais simplement parce que faire cela serait rentrer dans un jeu purement républicain, celui de la guerre civile, celui du camp contre l’autre, celui des idéologies qui s’entrechoquent, jouer le jeu de ces fous qui, parce que l’Ouest catholique ne pensaient pas comme eux, génocidèrent la population vendéenne.

La politique n’a pas pour but la victoire de tel ou tel parti, elle a pour but le bien commun. En France, donc, la politique doit avoir pour but le bien de la nation française, TOUTE la nation française. La première des politiques serait donc nécessairement une politique de réconciliation nationale, cette politique précèdera toute politique purement tournée vers l’intérêt général et non plus vers les intérêts de tel ou tel groupe particulier. On ne pourra faire la France en gommant la moitié des Français, la France se constate, elle ne se décide pas.

Un seul régime peut répondre aux critères de ce qui est souhaitable : La monarchie. Le roi de France, de retour sur le trône, ne sera pas le roi de telle ou telle fraction de la population française, mais le roi de TOUS les Français. Le roi de France, seul, pourra mettre un terme à la guerre civile en envoyant « au diable guerres, rancunes et partis » (chanson « Vive Henri  IV ») Le roi seul pourra mener une politique d’intérêt général au dessus des partis et des lobbys.

En somme, restaurer la monarchie, c’est surtout restaurer le politique, tel que définit par les sagesses platoniciennes et aristotéliciennes. Restaurer la monarchie n’est pas un fantasme bourgeois, la restauration de la monarchie est souhaitable car l’empirisme démontre que, en France, et aujourd’hui plus que jamais, ce régime est nécessaire pour notre pays.

Parce que les rois ont fait la France et qu’elle se défait sans roi, parce que nous ne sommes pas hommes d’un parti mais d’une patrie, nous disons « ni gauche, ni droite, monarchie populaire ! »… « et vive le Roi, la France y va tout droit ! »

Doumenge Mistral

24.09.2006

Jeux vidéo ? Le nationalisme en s'amusant !

medium_civ_IVvignette.JPGUn antimoderne, je pense devrait éprouver une certaine répulsion vis-à-vis de ce qui touche au divertissement de masse, notamment envers l’engouement pour les jeux vidéo qui conduisent nombre de jeunes de ma génération (et d’autres) à se couper du monde réel, des réalités concrètes pour se fondre dans ce qui n’est que virtuel.


Je dois reconnaître qu’il existe un problème lié au développement de l’informatique et des jeux qui y sont liés : Combien d’adolescents perdent-ils tout contact avec le monde qui les entoure, anéantissent toute leur vie sociale et entrent en échec scolaire du fait, peut-être, d’entretenir une relation avec le monde plus proche de celle qu’entretient un drogué avec les substances dont il n’arrive à se défaire ?

Cette dérive de l’utilisation du virtuel, il ne s’agit pas de la nier dans les présentes lignes, néanmoins il est nécessaire de préciser que ce comportement est surtout celui de ceux que l’on retrouve sur les fameux « doom like, » jeux d’arcade ultra-violents dont le but est d’offrir au joueur un alibi à son abandon total à ses pulsions meurtrières.


Bien loin de là sont les jeux de stratégie, faisant appel à une certaine forme d’intelligence, d’anticipation, de réflexion… notamment celui qui sera présenté ici : Civilization IV de Sid Meier. Il s’agit d’un jeu de stratégie offrant au joueur de gouverner une civilisation de l’ère antique jusqu’à nos jours, le joueur, pour faire prospérer sa civilisation devra construire des villes, développer celles-ci, les relier par des routes, aménager son territoire avec des champs, des mines, des villages… Lever des armées, mener une diplomatie habile, gérer les rivalités internationales et tirer son épingle du jeu de la diplomatie mondiale, mais aussi assurer un bon niveau recherche et le développement, le sous développement étant puni, nécessairement, par une forte faiblesse économique et militaire par rapport aux autres civilisations.

Ce jeu m’a particulièrement captivé, d’abord en tant qu’amateur de jeux de stratégies, mais aussi en tant que nationaliste (nationaliste au sens civilisationnel et non pas jacobin ou impérialiste du terme) car il offre la possibilité et même le devoir de se comporter en chef d’Etat responsable et, par conséquent, nationaliste.

On ressent bien évidemment les efforts désespérés de Sid Meier pour donner un penchant « attirant » à la démocratie, à la laïcité, au relativisme des mœurs… Donnant à ceux-ci des avantages qu’ils n’ont probablement pas en réalité (par exemple : Un soi-disant bonheur qui  naîtrait naturellement dans les villes multiculturelles.) Pourtant, cela ne m’a pas empêché, en jouant, de considérer que la monarchie (bien que insupportablement réduite à une nature de répression militaire) était une régime bien plus intéressant que la démocratie, cette dernière étant un obstacle à une conduite de la diplomatie internationale réaliste et non pas idéologique. L’écologie (réelle), face au réchauffement climatique et aux désastres provoqués par lui, semblait une mesure bien mieux aux adaptée que le libéralisme ou l’étatisme industriel, tandis qu’une religion d’Etat apparaissait comme donnant des bases bien plus solides à une civilisation que la laïcité idéologique. Enfin, ce jeu met le doigt sur un critère fort important : Un bon chef d’Etat se doit d’entretenir une armée puissante et moderne, ce qui se révèle fort intéressant lorsque l’on est agacé de ce pacifisme béat et puéril qui gangrène nos sociétés (dans le monde réel.) A l’inverse, un militarisme (ce que Charles Maurras appelait le « nationalitarisme ») aurait tôt fait d’anéantir économiquement une civilisation, de bouleverser l’ordre géopolitique mondial et conduire, à l’ère moderne, à un désastre planétaire.

 L’on peut faire grief de plusieurs choses à Sid Meier : Une volonté affichée de présenter des valeurs et modes de gouvernements (laïcité, démocratie, relativisme…) comme allant dans le « sens de l’Histoire, » donner exactement le même effet à toutes les religions, renforçant l’idée que toutes les religions sont identiques (ce qui est une absurdité !) Un autre fait gênant est le manque de loyauté des citoyens vis-à-vis de leur nation : Il est facile pour un occupant militaire d’assimiler dans sa nation une ville conquise à l’ennemi. On reprochera aussi à Sid Meier de ne pas penser des fléaux modernes comme l’immigration et la globalisation spéculatrice financière.

 Une autre dimension occultée par Sid Meier est celle de la fin des civilisations autrement que par la conquête militaire : Hormis par le biais d’une conquête militaire totale, une civilisation ne peut pas « mourir » dans le jeu, elles ne disparaissent pas. Pourtant, aujourd’hui, alors que la civilisation française risque de disparaître, non pas par une guerre et une occupation étrangère mais par une maladie intérieure âgée de plus de 200 ans, née de la Révolution dite « française, » cette dimension, absente dans Civilization IV, semble manquer.

 Mais au-delà de ces critiques, je reconnais la beauté dans ce jeu qui est celle de la vraie politique, celle qui n’est pas parasitée d’idéologies sottes de pseudo-humanisme et d’internationalisme proprement niais de quelques bourgeois cosmopolites. Dans ce jeu, est rendue nécessaire une dimension nationaliste de préservation de son pays, impose au joueur de gouverner le pays qui est le sien avec soin et dans une logique nationale. De même, le choix des régimes politiques reste libre, si la démocratie est présentée comme un « progrès, » le choix de celle-ci n’en demeure pas pour autant une obligation pour le joueur qui pourra parfaitement convenir que, pour la nation qu’il dirige, une royauté fera largement l’affaire.

 De plus, dans ce jeu les nations sont présentées comme des corps organisés que le pouvoir politique doit défendre : L’individu n’y est pas sacralisé, c’est l’ensemble du corps social (avec sa culture et sa religion) qui est valorisé et sa défense est l’intérêt prioritaire de l’Etat. Dans ce jeu, le joueur attentif pourra prendre conscience que la politique internationale n’est pas une soupe idéologique droit-de-l’hommiste mais un concert d’Etats défendant leur civilisation. Il pourra, par là même, réaliser combien l’intérêt national prime toutes les ambitions factieuses qui puissent exister au sein d’un même pays.

 Ce mélange de conservatisme, de nationalisme et de politique réaliste (dont Sid Meier n’avait peut-être pas compris la portée) fait de Civilization IV un jeu d’ordinateur méritant un avis positif pour le nationaliste néo-maurrassien que je suis.


 Bien loin de moi l’idée de réduire le réel à un simple jeu. Mon intention dans ces lignes était de faire la promotion du jeu en question et d’expliquer les raisons qui me poussent à l’apprécier. Civilization IV nous offre une approche réaliste des relations internationales et une forme de terrain « d’analyse empirique » de ce que doit être une bonne politique.

 Je me souviens du journaliste de l’AF 2000, Yves Lenormand, m’affirmant que « quiconque aime l’Histoire est naturellement conduit à être réactionnaire. » Je pense que quiconque joue à Civilization VI sera naturellement conduit à être nationaliste.


Doumenge Mistral

 

On global governance / De la guerre et de la nation comme ennemis publics.

« Qu’on le veuille ou non, nous aurons un gouvernement mondial. La seule question est de savoir si l’on y aboutira par le consentement ou par la force. » - James Paul Warburg

 

        Bush Jr., dans une conférence qui à fait date, prononcée à l’académie militaire de West Point en 2002, annonçait la fin imminente des Etats nations au profit de vastes zones de gouvernance globale, et répétait la contre-vérité selon laquelle les nations sont intrinsèquement polémogènes, opinion pourtant longuement réfutée par Raymond Aron dans Guerre et paix entre les nations. Ne soyons pas injustes envers les « autorités morales » américaines, car ces mêmes opinions sont défendues avec autant d’énergie de ce côté-ci de l’Atlantique : citons pour mémoire l’ineffable Samy Cohen. Mais lui-même a depuis peu révisé sa copie.
  
    S’est répandue de façon exponentielle cette weltanschauung post-tragique chez les pamphlétaires et les relais d’opinions depuis les années quatre-vingt dix, mais celle-ci à des racines bien plus profondes encore que nous devons mentionner.

       Le refus de penser l’Etat, acteur politique international, et, partant  la guerre, a l’Europe pour terreau : l’abbé de Saint-Pierre ou Kant bien évidemment (Idée d’une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique ou son Projet de Paix perpétuelle). Aux yeux de Kant la guerre est un mal en soit car ni le prince ni le soldat n’agissent alors selon la loi morale : tous deux bafouent l’impératif catégorique : « Agis de telle sorte que la maxime de ton action soit universalisable » ou « Agis en regardant l’autre non pas seulement comme un moyen, mais aussi et surtout comme une fin ». Le prince désire agrandir son territoire et le soldat combat pour la gloire. Bref, tous deux font œuvre condamnable . D’où le vœux kantien de placer des républiques dans l’ensemble des Etats pour les fondre à terme  dans une unique République universelle pacifiée et post-politique. Un tel souhait ô combien généreux méconnaît en fait la nature essentiellement politique de l’homme (nous renvoyons ici à Aristote).

 

      Ses héritiers sont désormais légion : ils nient la nature politique de l’homme et se révèlent thuriféraires, parfois brillants – MM. Delors, de Montbrial,  Desai etc- , d’un Etat mondial dont Carl Schmitt à pourtant démontré l’impossibilité et la dangerosité (cf. La Notion de Politique, Flammarion). Pour réaliser ce noble dessein, ils envisagent :

- de supprimer l’Etat, de manière progressive, tenu pour  inadapté aux enjeux contemporains (la protection de l’environnement tient d’ailleurs une place de choix dans leur argumentaire) et déléguer ses compétences à une gouvernance globale. A travers l’Etat-nation, c’est bien entendu le politique même qui est visé. Voici une sentence de M. Delors que nous trouvons emblématique : « L’ONU doit aller vers un gouvernement mondial ».

- et son  pendant : on déclare la guerre hors la loi. C. Schmitt a étudié les effets que provoqueraient une telle décision : l’adversaire ne serait plus un ennemi conventionnel mais un criminel parce qu’il a transgressé cette règle. Tâchons donc de mener des guerres préventives contre ces éventuels brigands, comme l’administration Bush en Irak. L’ hypothèse schmittienne s’est déjà vérifiée à plusieurs reprise : criminalisation des serbes au Kosovo par exemple , de l’Autriche-Hongrie lors des conférences de paix. On aboutit à un manichéisme impitoyable avec les meilleures intentions du monde parce que le camps du « bien » ne saurait sous aucun prétexte négocier une paix avec les « mauvais » et que seuls les « mauvais » sont responsables du déclanchement des hostilités. Une conception limitée des conflits où les princes « échangent des régions » devient donc inconcevable  car seule la disparition d’un des belligérants peut mettre fin à une guerre. L’attitude de ce vieux jacobin, sénile et obstiné que fut Clémenceau (portraituré avec talent par Furet dans Le Passé d’une illusion ), qui refusait de recevoir Sixte de Bourbon-Parme. Celui-là était envoyé par Charles de Habsbourg en vue de négocier une paix séparée en 1917.

      L’alternative de Einstein « un Etat mondial ou le néant » semble t-elle judicieuse ? Sa réciproque nous eût autrement convaincue.
      D’ailleurs un vaste courant abonde dans ce sens : M. Manent a écrit un petit opuscule, grand par sa portée : La Raison des nations, approuvé  par Marcel Gauchet. L’ancien occupant du Quai Hubert Védrine (PS) surprend un parterre de normalien lors d’un séminaire organisé sur l’Europe rue d’Ulm.
     Cela ne signifie pas pour autant que toute démarche allant vers une coopération entre les nations doive être a priori rejeté. La nation reste en effet une forme historique et non pas immuable du politique, si ancienne que certains l’ont imaginée naturelle. Depuis 1648 les concerts diplomatiques entre nations européennes sont courants, on a plus tard  créé des institutions internationales en vue de prévenir les conflits. Le SMI jouait un rôle appréciable.

 

Nous laissons M. Védrine clore notre propos (Fête de la rose, 21 Août 2005) :

    « Ah la magie des mots ! C'est un point très important. Nous nous sommes auto persuadés que nos problèmes ne pouvaient plus être résolus qu'à l'échelle européenne. Certains le pensent par analogie avec les grandes masses chinoises, indiennes, russes ou américaines, en confondant agrégats économiques et équation politique. D'autres par détestation des Etats nations historiques, par volonté d'être modernes, ouverts, pas chauvins ni repliés sur soi, etc... Tout cela est peut être intentionné mais repose sur une confusion. D'où une attente et une dépendance, qui nous ont déresponsabilisés au niveau national, et alimentent le risque de l'incantation protestataire.[…]
Ensuite, la question de l'intégration politique. On se réfère dans les discours, à l'"Union sans cesse plus étroite" des peuples européens inscrite au fronton du Traité de Rome. Mais Union jusqu'où ? Il est évident que les peuples d'Europe ne fusionneront jamais en un seul peuple. Même si certains utopistes y ont rêvé, aucun de ces peuples ne le souhaite. Ce n'est ni possible ni souhaitable. Ce que nous faisons est original, et n'a rien à voir avec la fédération de treize colonies britanniques homogènes d'Amérique du Nord au XVIIIème, unies par leur commune hostilité à la Couronne britannique.
»

Archambaud de Faye

23.09.2006

Une monarchie moderne ?

 C’est parce que la question de la monarchie me semble cruciale que je vais commencer par elle. D’abord parce qu’elle fait l’objet de mon militantisme, mais aussi et surtout parce qu'elle est l’aboutissement logique de la réflexion que je me propose de reproduire sur ce blog.


 La France vit en République depuis plus de 130 ans, après plus de sept décennies de révolutions, de coups d’Etat et de césarismes. L’Histoire de la République, en France, est elle-même marquée par les crises, les défaites et les désastres. En cela, la République n’est guère originale, la royauté française d’Ancien Régime a elle aussi traversé des crises, parfois très graves, qui causèrent des troubles plus qu’importants dans le pays. Pourtant, là où la République se distingue, c’est qu’elle n’a jamais pu survivre à ces crises qu’elle connût. Les deux premières Républiques enfantèrent d’un césarisme militariste, la troisième et la quatrième ne survécurent pas aux crises militaires de 1940 et de 1958. La Vème République semble devoir mourir de la crise politique que suscitent la corruption des hautes personnalités politiques et la « fracture » entre les élus et le peuple. La France depuis 1789, a connu seize constitutions. Certains en voudraient une dix-septième : Une VIème République ou une 6ème République selon que l’on soit plutôt « conservateur » ou issu de la mouvance de Montebourg. Une République supplémentaire…


 Il y a en a pour tous les goûts : Une République présidentielle pour Jack Lang, une République parlementaire pour Arnaud Montebourg, une République qui renforcerait les pouvoirs de l’exécutif pour Sarkozy… Ne reste qu’un Villepin pour prétendre souhaiter garder les institutions en l’état ; par sentiment gaulliste ? Quel bien piètre gaulliste que celui qui soutenait le « oui » au référendum sur le traité constitutionnel européen ! Par l’espoir de remplacer un jour le chef de l'Etat actuel et accéder à la magistrature suprême ? Possible. Ce serait en tous cas plus plausible. Et Comme M. de Villepin cherche à se démarquer en permanence de son rival, et néanmoins second au sein du gouvernement, M. Sarkozy, grand bien lui fasse d’affirmer que, « en tant que gaulliste », il considère l’élection présidentielle « comme la rencontre entre un homme et le peuple. » Calcul politique bien pensé : L’élection présidentielle fondée sur les partis que souhaite un Sarkozy, patron de l’UMP, aurait eu tôt fait d’éliminer l’actuel premier ministre de la course.


 Chaque homme politique souhaite donc une République taillée sur mesure à ses idéologies… Ou à la carrière politique qu’il envisage d’avoir. Tendance bonapartiste ou tendance régime d’assemblée, tendance gaulliste ou tendance libérale, la seule différence, c’est peut-être le temps que mettra par la suite cette « 6ème République » pour s’effondrer.


 Car si tous ces hommes politique pensent pouvoir réussir là où les constituant de 1795, de 1848, de 1875, de 1946 et même de 1958 ont échoué, c’est plutôt risible. La République en France, et ce n’est pas pour plonger dans la métaphysique, semble maudite à jamais. Quoiqu’il advienne, elle s’effondre et la Constitution que l’on lui donne n’y change rien. Cela n’aurait su émouvoir le royaliste que je suis si ces turpitudes n’avaient pas pour conséquence de gravement nuire à la France.

 Bien arrogants sont ces hommes politiques qui pensent pouvoir régler le malaise politique qui mine notre pays depuis plus de deux siècles uniquement en changeant les lois qui régissent les rapports de pouvoir au sein de la République. Mais, en même temps, ont-ils vraiment le choix dans leur attitude ? Car, remettre en cause la République telle qu’elle est organisée juridiquement leur évite de remettre en cause la République elle-même et, dans le même temps, les hommes qui la composent, autrement dit eux.

 Car c’est bien d’eux qu’il s’agit, d’eux et de la République qu’ils composent. Ce n’est pas en changeant la Constitution que les problèmes de notre pays s’évaporeront pas miracle, mais en changeant la classe politique toute entière que nous pouvons espérer mettre un terme à certains tragédies qui marquent notre Histoire depuis trop longtemps.


 En France, la classe politique est obnubilée par la conquête de la magistrature suprême : Le poste de Président de la République. C’est pour ce mandat que l’on a pu voir un Chirac trahir ses amis, mentir de manière éhontée, corrompre et retourner sa veste pendant toute une carrière politique. Ce qui peut motiver un tel acharnement à la prise électorale de l’Elysée peut laisser rêveur : Goût du pouvoir, appât du gain, haute estime d’eux-mêmes… Quoiqu’il en soit, la lutte pour arriver à cette fin est rude et peu favorable pour le pays : Même les personnalités les plus disposées à avoir de bonnes intentions se retrouvent rapidement face au choix cornélien de suivre des principes louables d’une politique tournée vers l’intérêt commun, ce qui se révèle vite catastrophique pour le sacro-saint baromètre des sondages, ou alors chercher à devenir « populaire » afin d’être élu. Être « populaire, » cela pourrait prêter à cette métaphore qui consisterait à vendre son âme pour devenir prince dans ce monde. Et là, on peut se réjouir que le Christ ne fut pas homme pêcheur lorsque Satan lui proposa les royaumes du monde contre son allégeance. Retranscrite en version moderne, cette histoire pourrait être celle d’un maître de cartel de firmes multinationales venant proposer au Christ de financer sa campagne électorale en échange de quelques projets de lois à son avantage, ou bien d’un lobby d’une « communauté » subversive quelconque, mettons la communauté gay, venant lui proposer une campagne de publicité en échange de la légalisation du « mariage » homosexuel. Il semble que nos hommes politiques n’aient guère retenu les leçons de la Bible, pour peu qu’ils l’aient lue.

 La classe politique actuelle, parce qu'elle souhaite conquérir la magistrature suprême et qu’elle est prête à –presque- tout pour cela, n’est pas la cause de tous les fléaux de ce pays mais elle en est responsable d’une bonne part. Parce qu'elle agit par démagogie, qu’elle répond des lobbies et des causes partisanes. Cette classe politique ne peut plus agir pour l’intérêt national parce qu'elle est confrontée à ses nécessités électorales. Cela conduit à l’enfermement de la politique et du pouvoir dans des logiques démagogiques. C’est n’est plus un mission d’Etat, cela devient du clientélisme. Cette logique aurait de fortes chances d’être renforcée avec la proposition de Nicolas Sarkozy de faire de l’élection du Président de la République le terrain de lutte entre deux partis politiques (un de gauche, un de droite) tous deux menés pas un leader. La classe politique achète ses suffrages en vendant l'Etat. Ce faisant, c’est la France qu’elle ruine.


 Alors quelle solution ? Supprimer l’élection du président de la République au suffrage universel direct semblerait être la bonne solution, comme le propose le Général Pierre-Marie Gallois dans les colonnes de l’Action Française 2000. S’agit-il d’en revenir pour autant à la forme constitutionnelle d’une  IVème République comme le propose Arnaud de Montebourg ? Une République où le Parlement serait de nouveau le maître du jeu, une République « aux gouvernements d’un jour » pour reprendre l’expression de Dominique de Villepin devant l’Assemblée Nationale ? Ce type de République n’a pas marché jadis, il n’y a pas de raison pour que cela fonctionne de nouveau. La République parlementaire, c’est la République des coalitions idéologique, la République de l’instabilité permanente du pouvoir, la République de l'Etat aux abonnés absents et, finalement, la République qui échoue comme les autres. Maurras disait que « la politique du pire est la pire des politiques. » A reprendre cette expression, le régime présidentiel, qui certes présente les graves défauts cités précédemment, a au moins le mérite d’apporter une certaine forme de stabilité, bien que formelle, à la tête de l'Etat ce qui le rend brusquement sympathique par rapport à cette république des « parlementaires <qui> parlent, des parlementaires <qui> mentent, des parlementaires <qui> parlementent » pour reprendre la célèbre expression de Victor Hugo.

 L’on est donc face à une impasse : La présidentialisation de la République a donné les résultats que nous savons, ceux-ci étant fort peu reluisants. L’on voit mal ce qu’un retour vers le parlementarisme aurait à nous apporter, à moins d’être un idéologue ou d’être franchement démagogique. Et, pourtant, la situation actuelle ne peut laisser un nationaliste, c'est-à-dire une personne soucieuse avant tout de l’intérêt national, dans une satisfaction béate que pourrait donner le sentiment d’avoir échappé au pire que serait le parlementarisme.

 Car si la présidentialisation du régime est une tentative de stabilisation du sommet de l'Etat, celle-ci ne saurait avoir des effets nettement positifs que dans le cas d’un président d’exception, un leader capable de rassembler les Français au-delà de leurs appartenance partisanes et les mener vers un destin commun. Ce leader là fut le général De Gaulle qui, quoi qu’on pense du bonhomme, fut un homme d’exception et le créateur des institutions de la Vème République. Et c’est bien là le problème : La Vème République a été taillée sur meure pour l’homme qu’était le général De Gaulle, elle a été taillée pour un homme d’exception. La République d’aujourd’hui est un régime permanent conçu sur l’exception. L’on comprend l’origine du dysfonctionnement dans pareil régime. Croire que ses successeurs fussent forgés dans la même fer que lui dénote une touche d’utopisme chez le général De Gaulle, bien loin de l’approche du realpolitik chère à Maurras.

 Cependant, le général De Gaulle n’avait pas tort lorsqu’il considérait que la France avait besoin d’un homme au-delà des partis, un homme capable de les rassembler par-dessus leurs divergences idéologiques ou religieuses et capable, ainsi, de les gouverner vers un destin commun. Si le général a eu tort dans l’application du principe, cela ne rend pas le principe faux pour autant.
 
L’erreur du général fut de croire en la République, régime de division et de guerre civile latente depuis 1789. Voilà où le général a failli : Il n’a pas su ou n’a pas voulu mettre fin à ce régime voué à mourir des graves crises qu’il provoque par essence et le remplacer par le régime monarchique qui lui a fait ses preuves. En huit siècles, la monarchie française, fondée sur la transmission héréditaire de la couronne de mâle en mâle, a traversé bon nombre de crises et, à chaque fois, elle s’est relevée (sauf en 1789 où la formidable puissance de subversion issue de la Philosophie des Lumières aura eu raison, tel un terrible raz-de-marée, de la solidité des bases de la société traditionnelle en France.) Et la monarchie française fut le régime qui construisit notre pays au fil des siècles, elle est historiquement intégrée dans notre Histoire et, peut être même encore, dans nos affects.

 Voici donc l’aboutissement de ces modestes lignes : Celui de proposer un changement vraiment radical de nos institutions. Il ne s’agira pas vraiment d’un « retour » à la monarchie : Je ne souhaite pas que l’on revienne à 1789, cela serait un non sens par ailleurs, la monarchie n’est pas un passéisme mais un régime qui s’intègre parfaitement dans les réalités du présent afin de construire le futur sur les bases du passé. Dans le contexte actuel, le roi arriverait, tel un Henri IV, comme réconciliateur des Français autour de sa personne alors que la République n’est que prétexte à une guerre civile larvée entre idéologies ou, chose plus vile encore, vaines appartenances partisanes. La monarchie ne sera pas une revanche, elle ne sera pas une vengeance d’une fraction de la population contre une autre, elle a vocation à être un régime rassembleur et non pas diviseur et elle aura pour tâche de s’adresser à tous les Français, y compris ses adversaires d’hier.

 La monarchie ne signifierait pas non plus, contrairement à ce que certaines caricatures aimeraient grossièrement à nous faire croire, la fin de toute activité civique ou « citoyenne, » même si ce dernier mot, galvaudé, ne m’inspire que méfiance. La monarchie est un régime d’arbitrage, un régime qui s’inscrit dans la durée et dans l’intérêt général de la nation, car le roi a son destin lié au pays et que l’avenir de celui-ci correspond au sien. Cela signifie, en somme, qu’une fois la monarchie rétablie, nous serons libres de défendre nos intérêts particuliers sur la scène politique : Le sommet de l'Etat sera garanti d’une conquête partisane. Il n’y aura plus besoin de ce « parti du tout » qu’est l’Action Française, la mouvance nationaliste, puisque le roi veillera personnellement à l’intérêt national et ce dernier sera dès lors dans de très bonnes mains, entre celles du représentant actuel de la grande famille de France, la famille des Capétiens, dont l’origine se perd aux prémices de notre patrie et dont l’avenir se confond avec la destinée de notre nation.

 Le royalisme n’est pas une secte ; ce n’est pas la monarchie seule qui résoudra la crise économique, mettra fin à l’immigration massive, résorbera le chômage, rétablira l’ordre moral. En revanche, c’est la monarchie qui permettra d’établir une situation propice à permettre ces réalisations, parce que la République est un régime naturel de subversion tandis que la royauté est une régime de construction : Ce sont les rois qui ont fait la France et celle-ci se défait sans Roi.

 La monarchie restaurée, nous aurons un régime par principe tourné vers l’intérêt national et non plus vers les menées électoralistes, démagogiques ou idéologiques. Ce sera un régime propice pour tenter de rétablir autre chose ensuite, le Foi en Dieu si l’on est catholique, l’ordre moral tout du moins, par exemple. Mais la monarchie est aussi un régime propice à d’autres formes d’évolutions : Le retour aux vieilles provinces libres pourrait se faire dans un régime fédérateur comme la monarchie, les Bretons, les Basques ou les Corses fidèles à la France mais attachés à leurs racines, ne manqueraient pas d’apprécier un régime par essence fédéral et fédérateur face à une République qui s’est constituée dans une tradition jacobine et centralisatrice.

 En somme, la monarchie serait le terrain idéal pour tenter de restaurer notre pays, dans une logique fidèle à l’héritage de notre histoire mais aussi résolument tournée vers l’avenir.


Doumenge Mistral

Pourquoi je ne suis pas démocrate

La démocratie s’est imposée aujourd’hui comme un précepte, un fondement, une évidence, un dogme quasi-religieux. Et si je conserve le préfixe « quasi, » c’est un abus de langage que je m’impose à moi-même, étant croyant et ne supportant pas de voir le terme « religion » associé à cette idéologie purement humaine qu’est la démocratie. Et pourtant, la rigueur intellectuelle m’imposerait, en toute bonne logique, de retirer cette approximation et d’admettre l’aspect purement religieux de la démocratie.

 La démocratie, en notre époque, est une religion, une religion avec ses rites, dogmes, fondements ; avec sa mythologie, ses légendes et ses héros. A quoi bon le nier, tout concorde à ce constat, que l’on le loue ou le déplore. Là où le nom de Jésus Christ est honni ou, pire, ignoré, le mot « démocratie » est encensé. Des continents voire des pays peuvent être divisés en différentes spiritualités, ils seront néanmoins tous unis et rassemblés dans le même culte de la déesse, de l’idole démocratie. C’est ainsi, c’est un fait.

 Jadis, il suffisait de blasphémer le nom de Jésus Christ pour passer en tribunal d’inquisition et risquer, certes dans le pire de cas uniquement, la condamnation à mort par incinération sur le bûcher. Les méthodes ont changé, aujourd’hui, et l’Europe n’a plus connu un seul bûcher (légal) depuis bien longtemps. Et, pourtant, le fond demeure : Une religion domine toutes les consciences, dicte les comportements, impose des rites et obligations. Cette religion, c’est la démocratie, telle qu’elle est célébrée en occident.

 D’aucun me répondront que la démocratie n’est pas une religion mais une simple forme de régime politique : Le meilleur ou le moins pire, selon les avis. Dans ce cas, je persiste et en rajoute : Cette religion que pratique l’Occident n’adore pas un Dieu mais un régime politique. Cela n’en demeure pas moins une religion avec ce que cela implique par la suite.

 Jadis, l’on passait devant le tribunal d’inquisition, aujourd’hui qu’arrive-t-il si l’on n’éprouve guère de penchant pour les sentiments démocrates ? Principe de la liberté d’expression, répondront les quidams, quiconque peut s’exprimer. A voir ! Il m’apparaît que quiconque oserait critiquer la démocratie dans ses fondements mêmes, c'est-à-dire non pas dans la façon dont on l’applique mais en tant que telle, parce qu’elle est démocratie et non pas parce qu’on la présente ainsi, quiconque oserait contester la suprématie d’un tel modèle… A celui-là je ne donne pas cher de son avenir. Au mieux sera-t-il tourné en ridicule, ses arguments dénaturés, souillés, amalgamés et ne seront jamais véritablement débattus sur le fond. L’on priera à cet infâme réactionnaire qui aura osé remettre en question la sacro-sainte démocratie de s’en retourner, avant de l’effacer de la scène médiatique et, donc, politique.

Mais il ne s’agissait là que du meilleur de cas ! Au pire, l’énergumène, hérétique, infidèle, païen… Sera insulté, ô comble du déshonneur !, de « fasciste ! » Diantre ! Le terme fasciste, et tout ce que l’amalgame pseudo-historique peut y assimiler (nazi, pétainiste, franquiste…) étant perçu comme la pire insulte existante, le sinistre individu n’aura plus comme opportunité que de s’enfuir prestement de toute activité politique où l’on lui signifiera clairement qu’il n’est pas la bienvenu.

Que le lecteur tente le teste et tente, en famille, auprès d’amis, en dîner… De critiquer impitoyablement les fondements de la démocratie. Il s’apercevra bien vite, qu’à cette dernière, est vouée un culte et qu’y toucher relève presque du sacrilège passible, non pas de la peine de mort, mais de l’exclusion sociale au pire, de la dérision généralisée au mieux.

Si la démocratie était « un régime comme les autres, » en serait-il comme tel ? Du temps de Louis XIV, Bossuet pouvait bien écrire sans être inquiété, même s’il affirmait sa préférence pour la monarchie, qu’un régime républicain pouvait donner de très bons résultats. Imaginerait-on un « intellectuel » français connu (pour peu qu’il en existe encore aujourd’hui) affirmer qu’une dictature peut produire de très bons effets sur un peuple ?

Cela peut même aller plus loin puisque, comme dans l’Espagne de l’Inquisition de jadis, l’accusation de péril contre la divine démocratie peut tout bonnement permettre de nuire à un adversaire, politique notamment. Un exemple tout simple : Le Front National en France, dont l’attachement à la République et à la démocratie ne saurait être remis en cause par un observateur honnête ayant pris à cœur de lire attentivement le programme, est constamment présenté tel « un danger pour la démocratie » ou « une menace envers les valeurs républicaines. » Que l’on apprécie ou non le programme du Front National, que l’on ait ou non de la sympathie pour ses dirigeants, là n’est pas la question. Moi-même me sens peu d’affinité avec Jean-Marie Le Pen. Le constat qu’il y a à faire, et qui me semble d’un très grand intérêt, est que l’on a, sciemment, accusé le Front National d’être un parti anti-démocrate. Et, là, c’est le drame :

- Rendez-vous compte, monsieur, le FN est un parti anti-démocrate !

- Et voyons ! Cher monsieur, si le front National était un parti visant à détruire et brûler la démocratie et disperser ses cendres aux vents, de crainte qu’elle ne soit de la même constitution que le phénix, alors je pourrais éprouver quelque sympathie pour ce mouvement. Malheureusement, cher monsieur, je crains que tort vous n’eussiez.

Pourquoi le Front National ne me parait pas remettre en cause la démocratie ? Tout simplement parce que l’on peut lire dans son programme,que le militant anti-frontiste n’a probablement jamais lu (tout au plus la « critique » du MRAP, et encore !), écrit noir sur blanc, le souhait du rétablissement de la proportionnelles à l’assemblée nationale, le souhait du recours fréquent au référendum et la création du référendum d’initiative populaire. Quel programme purement anti-démocrate !

L’on a donc un parti démocrate accusé d’être anti-démocrate (d’hérésie ?) dans le seul but de le décrédibiliser. Cela est, pour moi, le meilleur exemple du dogme qu’est la démocratie et de son emprise (souvent même inconsciente) sur les consciences. L’accusation d’hérésie atteint parfois même des proportions insoupçonnées : Ainsi ai-je pu entendre une fois dire que les monarchistes français étaient probablement plus démocrates que le Front National. C’est touchant, mais si le Front National m’enlève mon fonds de commerce, cela ne va plus du tout !

Et la démocratie religieuse possède ses rites, ses églises, son catéchisme… Dans les écoles de la République, les cours d’Histoire, d’instruction civique, mais également tous les autres programmes scolaires des autres matières, sont construis pour enseigner les bienfaits de la démocratie aux petites têtes blondes. A chaque échéance électorale, la machine infernale se met en branle au service de la propagande appelant à voter, ah le vote ! Tellement sacré, tellement divin, tellement christique… Que l’abstention est perçue presque comme un crime. Celui qui ne va pas voter est un mauvais citoyen, celui qui ne se déplace pas le dimanche pour déposer un bulletin dans l’urne n’a pas rempli son « devoir. » Ici on déplore l’abstention comme étant une marque d’incivisme, là on propose d’instaurer une amende pour les citoyens refusant d’aller voter… Il est tout simplement magnifique de songer, comment par un tel inique subterfuge intellectuel, l’on est arrivé à faire croire qu’une mesure qui relève presque de l’ordre du totalitarisme, l’obligation d’aller voter (sic), était au service de la « liberté » (notion obligatoirement associée à la démocratie, bien entendu.) Et si je n’avais pas envie d’aller voter, par exemple par refus de cautionner le système du suffrage ? Me traitera-t-on de mauvais citoyen ? Pourtant, n’aurais-je pas mieux rempli mon devoir moral d’être humain réfléchissant en me demandant si la démocratie me convenait vraiment et si le système du suffrage avait mon approbation ? Suis-je plus mauvais citoyen que celui qui votera Mamère au premier tour parce qu’il est pour la légalisation du cannabis (et uniquement pour ce principe là), ou moins civique que celui qui ira voter Chirac au deuxième tour pour « faire barrage à Le Pen » (sic) alors que ni l’un ni l’autre n’ont, manifestement, ses idées ? (Et « faire barrage à Le Pen » entrait dans le mécanisme de ce despotisme démocratique puisque j’ai pu entendre dire que, voter contre Le Pen –et accorder un score quasi-soviétique à Jacques Chirac- était protéger la démocratie.)

Donc, je l’affirme, en France et, plus généralement, en Occident, la démocratie n’est pas un régime politique mais une religion. Et une religion qui nie le spirituel, gomme l’approche avec Dieu et la recherche du transcendant pour se réduire uniquement à des approches matérialistes de la société, cette religion là se nomme « totalitarisme. » Je n’ai pas dit que la démocratie, dans tout pays, était un totalitarisme. En tous cas, chez nous, cela y ressemble.

Il me semblait peu anodin de faire remarquer le caractère des plus sacralisé que prend la démocratie dont nos pays modernes pour clouer le bec d’avance à quiconque, après avoir lu ce message, serait pris d’une furieuse envie de pratiquer le trollage insultant à mon endroit. Il est des gens aujourd’hui, peu soucieux de la liberté d’expression, qui sont de farouches démocrates. Il est d’ailleurs assez amusant de constater que cette démocratie, que l’on nous présente comme la garantie de toutes les libertés, est en réalité un régime extrêmement liberticide concernant certaines libertés…

Car je crains fort être un « hérétique » selon les canons occidentaux modernes. Mea culpa (mea maxima culpa ?) : Je ne suis pas démocrate, je suis un ignoble adversaire de la démocratie et ennemi de la République. Pire : Je suis royaliste, donc partisan d’un honteux système où le peuple était sous le joug d’un monarque totalitaire (sic) avant que la République salvatrice ne vienne balayer ce honteux système où, nous le savons tous, tout le monde était malheureux, hormis le Roi et les nobles tandis que, à notre époque, grâce à la République, tout le monde vit heureux.

Je n’aborderai que sommairement la différence technique entre monarchie et démocratie, il me semble évident que la monarchie marche bien mieux que la démocratie, c’est une évidence confirmée par l’histoire et la logique. Et pourtant, il existe, l’honnêteté intellectuelle m’impose de le reconnaître, des arguments qui tendent à donner des bons points à la démocratie. Vladimir Volkoff, dans un ouvrage, certes modeste, mais formidable à lire, Pourquoi Je Suis Moyennement Démocrate, se livre à une critique implacable de la démocratie, ses faiblesses, ses tares et ses propres contradictions. J’invite le lecteur à lire ce petit ouvrage d’un peu plus d’une centaine de pages, je ne reviendrai pas, personnellement sur son contenu, hormis peut-être sur une dimension philosophique : Admettons que la démocratie soit le règne du nombre, ce qu’elle est en l’idéal, alors il y aurait déjà, en toute bonne logique, un certain dégoût de la démocratie presque naturel. Car si la démocratie est le règne du nombre, alors elle est le règne des plus nombreux. Et alors tout s’arrête, il n’y a peut-être même plus à chercher discussion car, de tous temps, les plus nombreux n’ont jamais été les meilleurs, ni les plus compétents, ni même soucieux de l’intérêt dit « général. » Voilà une bonne raison, pragmatique, qui pousserait à ne pas être démocrate : Celle que le tourbillon démocratique ne serait rien d’autre que remettre son destin entre les mains d’une masse anonyme incompétente. On me dit que la monarchie, c’est le règne du tyran, mais ce tyran est peut-être (voire sans doute) compétent (sinon il a peu de tenir longtemps son poste.) Alors que l’on m’explique, messieurs dames, pourquoi j’échangerai un tyran compétent contre dix millions de tyrans incompétents ?

Mais au-delà de cet argument purement matérialiste, ce qui me frappe d’avantage sur le fossé qui sépare démocratie et monarchie, relève de l’émotion. L’Homme est un être d’émotions, ce n’est pas une machine froide et purement rationnelle (comme veulent nous le faire croire certaines théories libérales.) Des sentiments nobles comme l’amour, le dévouement, la confiance... et des sentiments moins dignes comme la haine, l’orgueil ou la colère. Or, ce qui apparaît comme une évidence dans la démocratie, c’est que celle-ci ne répond pas à ce besoin d’émotion. Ô certes, la mythologie républicaine s’est ingénié, au cours de l’Histoire, à tenter de créer une mystique démocratique autour de ses dogmes (« valeurs » républicains, vote, etc…) mais ces rites n’ont jamais pu tenir face au cyclone du vide idéologique sur lequel se base la République. La République se base sur des notions vides, abstraites telles que la nation républicaine (nation au sens jacobin du terme), la liberté, l’égalité, la laïcité… Des mots creux, des mots vides, qui ne sont qu’un délitement des repères, qu’une construction de la destruction, une substitution des valeurs par des anti-valeurs. Car lorsque l’Homme est libre, libéré de tout, que peut-il fait, où peut-il aller sans quitter sa liberté qui n’est en fait que la liberté de n’être rien ?

Face à ces notions vides, la monarchie française aura su opposer des valeurs puissantes : Les lois naturelles, fondement de toute société, le christianisme et ses valeurs concrètes, les communautés naturelles formant dans leur tout une nation réelle (la France), un Roi unifiant sous le principe qu’il représente ces communautés, le tout étant forgé par une Histoire qui n’a pas de fin. « Les Rois ont fait la France, elle se défait sans Roi… » La République n’est qu’un tourbillon de dévastation, jamais motivé par autre chose que ce qui aura motivé ses pères fondateurs : Le table rase du passé, la destruction systématique de ce qui a trait au passé. Mais où cela conduira-t-il ? Lorsqu’il n’y aura plus de valeur à laquelle se raccrocher, lorsqu’il n’y aura plus de socle ni de racine, comment faire ? Être « libre, » est-ce mourir ?

La démocratie, en ce qu’elle place le « peuple » au sommet de tout, ne peut conduire qu’à la destruction du lien social et au délitement de la conscience communautaire propre à l’être humain.  Si le peuple est souverain, il est au-dessus de tout. Il peut donc tout faire. Et si la volonté du peuple, c’est la majorité qui la détermine, c’est la majorité qui peut tout. C’est la première étape : le peuple majoritaire peut tout faire, y compris anéantir des factions de lui-même qui n’accepteraient pas pareil principe, y compris exterminer le peuple minoritaire (ainsi en fut-il de la Vendée.)

Si le peuple est au-dessus de tout, il n’est guère soumis à des valeurs qui le transcendent, valeurs qu’il doit anéantir pour se placer lui-même au sommet de la pyramide. La laïcité, en ce qu’elle veut évacuer Dieu de la scène publique, n’est qu’une manœuvre d’athéïsation masquée. Dieu doit être écarté de la politique pour être écarté du cœur des hommes. Ainsi les hommes, le peuple, débarrassé de ce Dieu trop encombrant, décide de tout, dégagé de la morale qui le dominait. Il est au sommet, c’est la deuxième étape.

Enfin, le peuple est composé d’individus. Si le peuple est souverain, les individus sont souverains. Si les individus sont souverains, ils sont suprêmes et nul ne peut leur imposer ce qu’ils n’ont pas choisi. C’est la troisième et dernière étape : Puisque les individus sont seuls maîtres d’eux-mêmes, puisqu’ils sont au-dessus de tout, des serments d’allégeance comme la fidélité nationale, la reconnaissance communautaire, le respect de l’autorité naturelle… Ne sont que des fardeaux que doit mettre de coté l’individu. Le peuple devient libre lorsqu’il disparaît, disloqué entre individus qui ne se reconnaissent plus en tant que « peuple » lorsqu’ils se sentent exploités. Le « peuple » souverain ne devient plus que prétexte à l’individu souverain jusqu’à ce que celui-ci s’adapte à sa nouvelle situation de personne suprême et annihile la notion même de « peuple » qui tendrait à le fondre dans une communauté, donc à nier sa suprématie.

La démocratie conduit donc inéluctablement à la destruction du lien social, ce dernier ne pouvant être forgé que par un pouvoir autoritaire capable d’unir en communauté soudée des individus ou des populations différents. La démocratie conduit l’individu à se situer lui-même au-dessus de tout, à se prendre pour Dieu. L’individu est Dieu, tout est permis.

Je ne marche pas dans ces considérations bassement égocentriques, parce que, si je crois en la valeur intrinsèque de l’individu en tant qu’être spirituel, je crois aussi et en revanche en son inexistence en tant qu’être individuel. L’Homme n’est qu’un être social, il n’existe véritablement qu’au sein de la société. Une société ne saurait être libertaire, dans ce cas une société, si elle ne veut pas devenir libertaire, ne peut pas être démocratique.

Ce n’est jamais que par le pouvoir politique que les sociétés se forment, ce n’est jamais que par les pouvoirs politiques forts que les sociétés pérennisent. Or, un pouvoir politique dans une démocratie n’est jamais fort ou, s’il l’est, il est dans tous les cas condamné à s’affaiblir avec le temps… Pour finir par disparaître, entraînant la mort de la société avec lui.

 Bien évidemment, il ne faudrait pas tomber dans l’excès inverse et plonger, tête première, dans la thématique du pouvoir total. Le pouvoir politique sert la société, non pas l’inverse. Le politique commande la société pour la servir, mais le politique ne connaît pas les besoins de la société, il connaît juste sa mission : La protéger et assurer sa cohésion. Il y a donc deux dérives qu’il est particulièrement souhaitable d’éviter si l’on considère que trop de politique ne peut qu’aboutir au meurtre du politique. Une première dérive serait de considérer que la politique a vocation a assurer le bonheur de la société, croyance impertinente : Comment le politique, par nature relevant de la sphère publique, pourrait connaître les besoins profonds d’une société relevant de la sphère privée ? L’autre dérive, tout aussi grave, serait de penser que la société doit se mettre au service du politique, le militarisme intégral est un exemple de cette dérive. C’est une croyance malsaine car le politique a pour mission d’assurer cohésion et sécurité à la société, c’est donc lui qui est au service de cette dernière. Certes, le politique commande la société mais il la commande pour mieux la servir.

 La monarchie française, si elle a pu s’enfoncer par moment dans telle ou telle autre dérive, est fondamentalement équilibrée de sorte qu’elle n’est, en principe, ni dans l’un ni dans l’autre de ces extrêmes. Et rarement les dérives d’un roi, soit trop paternaliste, soit trop autoritaire, ne durèrent bien longtemps.

 Il est également malsain de prétendre placer l’Homme au sommet de toute chose. Si la liberté, ou plutôt LES libertés, sont fondamentales, il ne faut pas nier une évidence fondamentale selon laquelle ces dernières doivent s’accompagner de la morale. Or, la morale, quelque soit la société, est toujours venue de Dieu. La démocratie, en ce qu’elle a voulu gommer Dieu, a prétendu effacer la morale. D’aucuns prétendront que la morale est détachable de la religion, il leur suffit d’une honnêteté intellectuelle pour reconnaître que la morale, depuis des décennies, se délite et que ce qui est aujourd’hui admis et bien incorporé dans les mœurs, hier aurait provoquer nombre frissons de terreur. Certes, le chrono-centrisme a toujours conduit, dans nos démocraties de la table-rase, à considérer les valeurs du passé comme « passéistes, » donc mauvaises, les valeurs du présent comme bonnes et les valeurs de l’avenir, soit comme « progressistes » soit comme « impossibles car trop immorales. » Or le moral d’aujourd’hui est l’immoralité d’hier et l’immoralité d’aujourd’hui le moral de demain. Depuis que « Dieu est mort » (soi-disant), la morale agonise.

 Alors affirmons le, haut et fort, sans crainte : La démocratie, forcément athée, pour laquelle l’on pratique une forme de « religion » matérialiste, conduit inévitablement à l’anarchie et à l’immoralité. C’est pour cela que je suis farouchement anti-démocrate, car je ne considère par que l’Homme puise son épanouissement dans une pseudo-liberté mortifère, parce que je crois au développement de l’homme par son travail, ses communautés et la morale, nécessairement spirituelle et, en France, d'influence chrétienne. Chateaubriand disait « les germes de la construction sociale sont dans le christianisme. » Monarchie chrétienne pour (re)construire la société française contre la démocratie qui la détruit, voilà ce que moi je veux.

 Doumenge Mistral

Texte introductif

medium_image.2.JPGLes gens regardent cette époque et s’interrogent sur leur temps. Ce monde leur donne-t-il le sentiment de vivre conformément à leur nature ? Si peu certains de leur avenir sont-ils pourtant. Comment ne pourrions-nous pas comprendre ? Biberonnés de mépris à l’encontre de leurs racines, ils cherchent malgré tout à atteindre des cimes, ne comprenant pas combien l’arbre déraciné jamais n’a été en mesure de régner sur les forêts.

Mes contemporains, aigris des idéologies trompeuses d’antan, n’en sont malgré tout pas revenus à leurs fidélités de jadis. Croient-ils encore en la République ? Non, je ne pense pas. Car la République n’existe que par et pour le sang que l’on lui donne. Qui mourrait pour la République ? Qui mourrait pour autre que lui ? Le Christ est mort pour tous, mais le Christ a perdu, ici, ses fidèles pour leur immense majorité, alors…

Mourir pour un pays, une nation, un roi, une civilisation lorsqu’il ou elle était menacé, cela faisait rêver autrefois. Et aujourd’hui ? Parce que l’individualisme a envahi notre terre et y a enfanté d’un démon, je doute fort que, demain, en réponse au tocsin, des cohortes se lèvent pour la patrie, pour la France, pour notre terre.

Et admire-t-on encore nos héros morts sur le champ de bataille ? Très peu en réalité. Nos arcs de triomphe sont observés avec gêne, nos victoires ne valent guère médaille. Hormis peut-être les combattants contre le nazisme, ce dernier étant le pire des pêchers selon la pensée unique qui nous gouverne aujourd’hui et auquel tout ce qui déplait finit, d’une manière ou d’une autre, par lui être associé.

Telle est la finitude d’une époque qui aura vu l’aboutissement de la Révolution au sens propre du terme. Telle n’était peut-être pas l’intention de ses pères adeptes des Lumières, tel en est le résultat et ainsi s’en félicitent les gueux toujours sans-culottes mais pas porteurs du bonnet phrygien dont la cocarde tricolore est déjà trop significative d’une forme d’enracinement à leur goût d’individus déracinés.

Ainsi est notre époque : un temps où les individus se définissent en tant qu’individus et rien d’autre. L’individu coupé de tout, l’individu « libre, » l’individu seul. La panacée de l’orgueil, qui éloigne de Dieu et, de fait, éloigne de la nature humaine. C’était le projet révolutionnaire : reconstruire le contrat social mais, pour cela, il fallait détruire l’Homme. Car ce qui fait l’Homme est ce qui le conduit à vivre en communauté. Mais, pour refaire le contrat social, il faut tuer le contrat précédent et comme le contrat de communauté est ce qui fait la personne humaine, cela tuera l’humain. Autrement dit, pour l’exaltation de l’individu, signataire du prochain contrat, il faut tuer la personne humaine, et cela n’est pas loin d’aboutir.

L’Homme ne vit qu’au travers de ses communautés or la communauté ne se comprend qu’au travers de ses règles car vivre en communauté, c’est vivre selon des règles. D’ailleurs, pour pousser le bouchon plus loin, je me permettrai d’affirmer que, ce qui fait l’identité d’une communauté, ce sont ses règles -je n’ai pas dit ses « lois » mais bien ses « règles. »- Or, aujourd’hui, nous assistons à la destruction des règles. Cela se fait insidieusement, certes, mais lorsque le mariage est passé pour ringard, l’homosexualité élevée au rang de pratique non seulement respectable mais, pire encore, honorable, lorsque la vertu est acculée à la plus simple expression… alors je le pense, il n’y a pas que destruction des valeurs, il y a destruction des règles. Mais je l’ai dit, s’il y a destruction des règles, alors il y a destruction de la communauté, et s’il y a destruction de la communauté, alors il y a destruction de la personne humaine.

Il y a donc aujourd’hui, un double mouvement d’effacement de notre passé glorieux, pour n’en conserver que les aspects négatifs, et un effacement de nos valeurs et de nos règles. Cela ne peut aboutir, à terme, qu’à la dislocation de notre pays, de notre grande patrie qu' est la France. Car la survie d’une nation ne tient que sur le fil d’une volonté politique de fer. Que cette volonté politique faiblisse ou, pire, trahisse sa vocation première, et c’est le désastre. Aujourd’hui, le nihilisme mène la danse sur la scène politique et tous les acteurs -ou presque- en suivent les pas.

Et cela est malheureux car, je l’ai dit, l’Homme n’existe que par la communauté. Ce n’est pas innocent, je pense, si Dieu qui créa l’Homme inséra dans le décalogue pas moins de sept commandements consacrés aux rapports entre les personnes, les trois premiers étant réservés, cela va de soi, aux devoirs de la personne vis-à-vis de son Créateur. La communauté forme l’Homme, le forge même. Sans sa communauté, l’Homme retombe au stade d’animal sauvage, le « bon sauvage » aurait dit Rousseau. Notre époque ne me laisse pas croire que le sauvage est si bon que cela.

Une communauté ne survit à l’épreuve du temps que si les personnes qui le composent ont conscience d’appartenir à cette communauté et en fêtent les victoires, commémorent leurs héros et défendent leur identité. Car défendre son identité, c’est défendre le caractère particulier de sa communauté, donc défendre ce qui fait que l’on est Homme. Défendre son identité, par conséquent, c’est un peu comme défendre son âme.

A l’inverse, une communauté dont les individus préfèrent leur individualité à l’ensemble, une communauté qui choisit de se faire honte, qui n’assume pas son identité, une communauté dont les règles et les valeurs sont mises à mal sous le coup de la quête des intérêts personnels, une telle communauté n’a qu’une vocation : se désagréger et disparaître. Mais si la communauté disparaît, quel avenir pour ses membres ? Disparaître à leur tour puisque seule la communauté fait l’homme. L’individu sans communauté n’est plus homme, il se perd dans le néant, plus rien ne le prépare à affronter le monde, nulle valeur, nulle solidarité, nulle famille ne viendra à son secours.

Qu’en est-il de la France ? Est-il à craindre qu’un tel destin lui arrive ? Cette hypothèse n’est pas à écarter en ce moment où les Français ne s’aiment plus, où les défaites sont commémorées et les victoires oubliées, où la religion chrétienne, ciment de notre civilisation, est l’objet de tant de dérisions, même si certains évènements récents peuvent donner lieu à un certain regain d’espoir.

Mais dans ce pays déchristianisé, corrompu à l’intérieur même de ses entrailles par une République de factieux, asservi par un régime bruxellois arrogant et déraciné par le double travail de l’immigration massive inassimilée et de l'Education d'Etat comme des médias cosmopolites, le travail sera rude et difficile.

Réapprendre aux Français à vénérer Dieu, leur redonner la fierté d’être eux-mêmes, leur rendre la joie d’aimer leur pays, voilà un peu le défi de l’avenir pour ceux qui ne souhaitent pas que  France disparaisse. Ce blog espère bien y contribuer…

Doumenge Mistral

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