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02.02.2007

"Le peuple français est un composé"

« Le peuple Français est un composé » disait Jaques Bainville. Cela parait une bonne citation pour commenter les récentes déclarations de Marine Le Pen sur le régionalisme et le bilinguisme qu’elle présentait comme un « danger. » Danger vis-à-vis de la France, de la nation française, de l’unité nationale. On ne saurait dénier aux cadres du Front National le souci qu’ils ont de l’unité nationale et le combat que ce parti a mené pendant plus de 30 ans, y compris à une époque où tous les esprits avaient les yeux rivés sur Washington, Bruxelles ou Moscou, en faveur des valeurs tant honnies par le gratin boboïste de l’époque (et encore d’aujourd’hui…) Cela dit, de la part d’une « nationaliste, » on pouvait s’attendre à mieux que ce fourvoiement doctrinal.

Les propos de Marine Le Pen ont suscité une forte polémique, peut-être un peu disproportionnée, en tous cas relayant l’indignation de tous les régionalistes français, et force est de reconnaître qu’ils étaient dans leur droit le plus strict. Que le lecteur garde l’auteur de ces lignes de toute sympathie séparatiste : ce blog, résolument maurrassien, observe d’un œil plus que malveillant toute prétention à disloquer le territoire français. Néanmoins, se garder d’un écueil ne doit conduire nécessairement à tomber dans un autre, tout aussi illégitime et dangereux.

Il existe chez beaucoup de « nationalistes » français une certaine crainte vis-à-vis de toute forme de régionalisme, tout imprégné qu’ils sont de cette fameuse idée selon laquelle « La France est une République indivisible, » idée inscrite à l’article 1er de notre sacro-sainte Constitution (encore sur le point d’être modifiée avec une aisance déconcertante par nos parlementaires.) Cette crainte n’est pas critiquable en soit (par un nationaliste tout du moins), mais force est de constater que l’hostilité au régionalisme résulte d’une mésinterprétation de ce qu’est la nation et de qu’est le nationalisme.

Le centralisme français, dans sa conception idéologique qui ne se confond pas avec une simple « centralisation » des institutions étatiques et régaliennes sous la monarchie française, est né véritablement avec le jacobinisme sous la Révolution française. Aujourd’hui encore, le terme « jacobin » peut être soit synonyme « d’anticlérical, » soit de centralisateur. Ce centralisme idéologique tire, entre autre, ses fondements dans les théories rousseauistes de souveraineté populaire. Le jacobinisme tend à voir les membres d’une nation comme des individus égaux, identiques, interchangeables, et « éclairés » (débarrassés des « superstitions »), il cherche donc à gommer toutes différences culturelles, raciales, religieuses et linguistiques au sein de la « Nation » (avec le « N » majuscule.) Cette idéologie de la Nation niveleuse inspira la création des funestes départements, zones géographiques déracinés, aculturelles et ahistoriques ; elle fut le combustible de toutes les politiques menées, notamment sous la troisième République, contre les langues régionales mais aussi contre les religions et, surtout, la religion catholique, honnie par les républicains tout imprégnés de la haine toute voltairienne pour l’Eglise.

Dès lors, l’on peut s’étonner de voir certains nationalistes se fourvoyer dans la doctrine jacobine. Car le jacobinisme a toujours été porté par ceux qui haïssent le passé de la France et son Histoire. Il a été, est et sera l’apanage de ceux qui ne perçoivent pas l’Homme comme héritier d’une Histoire, d’une culture et d’une tradition mais comme un individu anonyme dans une masse déracinée d’autres individus identiques. En ce sens, il est une étape vers le passage à une société mondialisée, cosmopolite, déracinée et aculturée, où l’Homme n’a plus de patrie mais n’est qu’un « citoyen du monde » (sic), autant chez lui à Paris qu’à New York, Moscou ou Bombay. La Nation destructrice des provinces historiques n’est rien de plus qu’une étape vers « l’Uni-monde » (pour reprendre un terme forgé par Maurice G. Dantec), un monde sans patrie ni nation ni culture, où l’individu est replié sur lui-même puisque, déraciné d’une communauté de semblables, il n’a d’autre point d’appui que lui-même ou, à la rigueur, une « fausse communauté » reposant sur un critère vaguement ethnique ou religieux, dans un monde sans frontière mais devenu trop vaste, au sein d’une humanité unie mais éclatée.

La Nation jacobine n’est rien d’autre, à l’échelle d’un pays, que cet « Uni-monde » : elle n’est que l’association d’individus qui n’ont guère en commun que l’appartenance à un même système institutionnel : la République, par essence chose anonyme, froide et monstrueuse. C’est le seul lien de la Nation, subordonnée à un système, vide de substance mais affreusement riche de signification : la République est l’incarnation de l’idéologie révolutionnaire, elle est l’enfant des jacobins, le catalyseur de leurs « valeurs. » Le fait d’être « Français » pour un jacobin n’est que le fait d’adhérer à un système, à une idéologie, idéologie incarnée par la République et ses « valeurs. » Aussi, nul besoin d’être surpris lorsque les Vendéens royalistes sont génocidés en 1793 par la Convention. Nul besoin d’être surpris lorsque, deux siècles plus tard, au nom des « valeurs républicaines, » l’on déclare « Français » des étrangers qui ne partagent en rien les coutumes, les croyances ou l’Histoire de la France et de la nation française. Car, pour le Jacobin, le Français n’est qu’un consommateur disposant d’une carte d’électeur… et, si possible, votant pour les « bons » partis.

Contre l’idéologie jacobine, le nationalisme français traditionnel a toujours été un rempart et fut le fer de lance du fédéralisme contre le centralisme (n’en déplaise aux romantiques du fascisme ou aux idéologues meurtriers du nazisme.)

Contre l’idée de nation simple « association » d’individus, Jean Madiran, reprenant le flambeau des nationalistes français, a pu écrire dans les colonnes de Présent (numéro du 3 septembre 1999), « la nation est une société et non pas une association ; une société naturelle et non pas la libre institution résultant d’un contrat. Le fait de naître français est antérieur à tout acte volontaire de l’enfant français. » La France des nationalistes n’est pas une France idéologique fantasmée par des doctrinaires. Ainsi Charles Maurras pouvait écrire : « Notre patriotisme n’est pas un patriotisme idéologique : nous ne le subordonnons ni à la  République, ni à la Monarchie, ni à la démocratie, ni à la dictature, ni au socialisme, ni à l’antisémitisme, ni à aucun système politique ou social. Ce n’est pas à une certaine idée de la France que nous sommes attachés, idée que l’on puisse facilement exporter à l’étranger, c’est à la France réelle, à son sol, à ses enfants, à ses beautés, à ses mœurs, à sa langue, à son Histoire, à ses Lettres, à toutes ses richesses morales et matérielles. »

Dès lors, et puisque nous sommes nationalistes, c’est à la France dans ses réalités que nous nous attachons. Or la France, ce n’est pas cette « République indivisible » d’individus égaux et identiques proclamée par les jacobins, la France est un composé de régions patiemment unifiées autour de la royauté française par le travail de longue haleine de tous les rois qui se sont succédés. La France n’existe que parce qu’existent la Bretagne, le Pays Basque, l’Occitanie, la Provence, la Corse, l’Alsace, la Normandie, etc. (que ceux que j’oublie me pardonnent !) Ce sont ces régions dans leur diversité, avec leurs peuples, leurs coutumes, leurs histoires qui, associées autour de la construction opérée par la monarchie, font l’Histoire de France et leurs langues, qui ne sont en rien de vulgaires « patois » et pour lesquelles, si l’auteur de ces lignes emploie le terme « langue régionale, » ce sera avec le respect d’un fédéraliste profondément attaché à la  Provence et aux chants des cigales et non avec le mépris tout jacobin d’un BHL envers tout ce qui serait trop « franchouillard » à son goût.

C’est pour cela que oui, il est juste d’être favorable au double affichage pour les panneaux signalétiques, effectivement la langue régionale doit être enseignée sur sa terre historique (mais ceci en s’assurant qu’elle ne soit enseignée qu’en ses lieux historiques : à titre d’exemple, certaines parties de la Bretagne n’ont jamais parlé Breton et certaines velléités à y imposer la langue bretonne sont tout autant illégitimes que celles visant à combattre le régionalisme.) Pour terminer, oui les prétentions décentralisatrices sont légitimes car, et l’Histoire le montre, même nos rois qui ont fait la France ne se sont jamais montrés hostiles au principe de subsidiarité, essence d’une politique pragmatique et naturelle : l’Etat français ne doit intervenir que là où il a légitimité à le faire (fonctions régaliennes –justice, armée, police, diplomatie-, grandes orientations économiques…) et déléguer le reste aux corps intermédiaires, parmi lesquels on compte les régions, ces corps intermédiaires étant, par nature, les mieux placés pour agir dans la quotidien des personnes.

Il ne faut donc pas se montrer hostiles vis-à-vis des régionalistes voire même des séparatistes : ils ne font que défendre ce que la République leur a illégitimement volé : leur identité. Certes, un nationaliste français ne peut pas apprécier les velléités séparatistes (l’auteur de ces lignes, nationaliste français et régionaliste provençal, ne voit que d’un mauvais œil ces « ethno-nationalistes ».) Mais, si nous sommes en désaccord profond avec les finalités de ces mouvements, nous ne pouvons que reconnaître une chose : leur colère contre le système est légitime, aussi légitime que la colère d’un jeune immigré, présent sur le sol français mais pas Français lui-même, qui comprend, plus ou moins, que ce système s’est joué de lui. Et si ces séparatistes ont cette constance désolante, à confondre la France des régions avec la République broyeuse, c’est aussi parce que les jacobins ont réussi ce tour de force, comme l’explique Jean de Viguerie, à associer irréductiblement, dans l’esprit de nombre de nos compatriotes, la République avec la France alors que les deux sont, par essence, histoire et définition totalement opposées l’une à l’autre. Ce n’est pas contre les séparatistes eux-mêmes, dont nous ne pouvons que regretter l’objet de leur combat mais certainement pas réprouver les causes de leur engagement, qu’il convient de s’attaquer mais contre l’idéologie jacobine et l’imposture républicaine selon laquelle la France et la nation française se confondent avec la République centralisatrice.

Les propos de Marine Le Pen, dès lors, sont très malvenus car ne font que renforcer cette conception jacobine de la France pourtant aux antipodes des conceptions traditionnelles de la nation. Mais, finalement, pour nous autres, monarchistes, cela n’est guère surprenant : Lorsqu’un régime est pourri de l’intérieur, il fait entrer en décrépitude tous ceux qui le touchent. Le Front National, est victime de ce que ses détracteurs lui reprochent de ne pas avoir : son républicanisme. La solution pour les nationalistes n’est décidément pas dans la République.

Doumenge Mistral

Commentaires

Qlq questions, auxquelles ,j'espère, vous repondrez:

Pouvez vous définir les termes:

*nation
*jacobinisme
*nationalisme
*patriotisme

Sinon, votre pensée m'interesse! Etes vous en mesure de me donner des "pistes" pour progresser?

Lucile.

Ecrit par : Lucile | 21.03.2007

to Lucile:

Sans plus attendre, munissez vous ma chère d'un dictionnaire.
*le Littré bien entendu ou le Chazeau, mon voisin de campagne et de bureau ..

Ecrit par : A de F | 18.05.2007

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